J'étais là. j'ai tout vu et j'ai pas bougé. J'étais là quand les verres défilaient et le noyait dans son imperturbable monde. Quand de ses mains tremblantes il promettait de cesser, d'une promesse trop vite oubliée, lorsque une empoisonnante goutte touchait ses lèvres. Le soir s'enfuyait et les cris de ma mère traversaient les murs en silence. Ils savaient pas. Ils savaient pas que j'étais là. J'ai tout vu et j'ai pas bougé. Assise par terre, l'insomnie me guettait trop souvent. Mais y' avait Alex. Toujours, y' avait Alex. Alex, c'était mon meilleur ami, et même plus. Alex, il était pas très grand, mais il était fort. Alex, il avait de grands yeux bleus innocents contrastant avec son visage un peu trop mature. Alex, un jour, il a levé son tee-shirt. j'étais là. Il m'a dit.
Regarde, tu vois les bleus là, j'les sens pas, j'ai pas mal, j'ai pas mal. Son corps était parcouru de traces violacées. C'est son père aussi, il m'a dit. J'ai pleuré. J'étais là, j'ai tout vu, et j'ai pas bougé. On avait pas peur tout les deux. Main dans la main, on avait le monde à nos pieds. On partira. On se l'était promis. Lui, il ne pleurait jamais. Alors j'ai appris à ne plus me plaindre. Mais il savait. Il savait en laissant glisser ses doigts sur ma peau, il savait en tortillant mes cheveux autour de son index, il savait en m'attrapant la main. Un soir, j'étais à table, et devant moi, une assiette de pâtes cuites de 3 jours. Elles étaient dégueulasses ces pâtes. Mon père dressait une bouteille vide devant lui. Il était droit, le regard noir. Ma mère baissait la tête, elle aussi elle les trouvaient dégueulasses ces pâtes. Chez moi, on me demandait jamais ce que j'avais fais de ma journée, si à l'école ça allait, ou ce que j'aimais. Chez moi, on regarde juste le JT de vingt heures. " Claire Chazal, élue présentatrice préférée des français. "
Mais qu'est ce qu'on sen fou, qu'il a dit mon père. Il s'est levé de sa chaise, et à attraper une bouteille de whisky. Les gorgées s'écoulaient doucement dans sa gorge et doucement, l'emportait vers le point de non retour. Le trou noir avançait douloureusement. Alors ma mère à redressé la tête. Elle s'est mise debout, face à mon père, et lui à balancé :
Maintenant, tu arrêtes, où je pars. ; Un instant, j'ai cru qu'elle était folle. J'ai vu mon père. La fureur soudaine dont il s'est épris. J'ai vu les mots qu'il crachait par terre. J'ai vu la puissance de son être pourtant dépravé lorsque le verre à volé en éclat. J'ai vu les regrets de ma mère lorsqu'il lui tenait les poignets. J'étais là, j'ai tout vu, et j'ai pas bougé. Les pâtes se noyaient dans leur eau et Claire Chazal continuait de parler. mais lorsque ma mère à crié, encore une fois, j'ai eu peur. J'ai eu peur et j'ai couru. Dans ma chambre que je me suis enfermée. Et j'ai appelé Alex. Alex a couru aussi. Par ma fenêtre qu'il est entré. Il a vu. Il a vu à ma tête que j'avais peur. Il a entendu les cris, et face à mes tremblements, il m'a attrapé. Dans ses bras, il m'a attrapé. Il m'a bouché les oreilles, avec ses mains tendres. Et il m'a serré. Si fort, il m'a serré. Malgré ses bleus, malgré la douleur, il m'a serré. Et mon père est entré. Face à moi, ce n'était plus mon père. Ni même mon géniteur. Qu'une carcasse d'homme fou, aux yeux pétillants de violence. Il hurlait.
" Qu'est ce qu'il fou là lui ?! " qu'il criait. Alex m'a éloigné, et à tenté de le calmer. Erreur. Il redoublait de fureur. "
Ma fille n'est qu'une trainée, comme sa mère ! " Qu'il a continué de hurler. Il s'est avancé vers moi, la main prête à frapper. Le coup, j'lai pas senti. Alex s'est placé entre moi et cet espèce de monstre impassible. Il a pas crié, il m'a simplement regardé. Je l'ai vu tomber, je l'ai vu. Je l'ai vu se replier sur lui et mon père ne plus s'arrêter. J'ai crier, des cris à peine audible sous les rugissements de mon père. Alex gardait les yeux ouverts. Le bleu était plus intense que jamais. J'étais là, j'ai vu. des minutes entières, j'ai vu. Puis ses yeux se sont éteins, mon père à arrêter de cogner. J'ai compris , à ce moment là. j'ai compris, c'était fini. Mon père m'a regardé, puis à regardé ses mains tachées d'un rouge plus puissant que ce dont il aspirait. Il s'est assis. Je ne disais plus rien. Je me suis baissée, j'ai attrapé la main encore chaude d'Alex, puis me suis blottie contre lui. j'ai hurlé. J'lui ai hurlé de se relever, et derrière, j'entendais ma mère pleurer. Claire Chazal continuait son interminable discours . Tard, plus tard, les flics sont venus. Menottes aux mains, mon père est parti. Menottes aux mains, il m'a lancé un dernier regard, que j'ai fuis. Depuis, je ne l'ai jamais revu. 12 ans de taules, tu parles. Maintenant, je vis avec ma mère, dans un truc parait-il sympa. Chaque jour, on me demande ce que j'ai fais de ma journée, et je me rends compte à quel point ça compte pas. Parait que tout vas bien dans ma vie, mais mes nuits ne sont plus que des cris résonnant dans ma mémoire. Et ce regard. Le bleu de ses yeux me quittant. Pas de happy end. On partira pas. Je ne tiendrais plus sa main. Alex m'a sauvé. j'étais là. j'ai tout vu, et j'ai pas bougé.
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